Typologie des Anti Heros

On peut considérer quatre types principaux d’antihéros:
  • le personnage « sans qualités », l’être ordinaire vivant une vie ordinaire dans un cadre ordinaire
  • le héros négatif, porteur de valeurs anti-héroïques et en général antisociales, mais sans qualités « héroïques » (en ce sens, Fantomas par exemple est un héros négatif mais non un antihéros car il est porteur de qualités héroïques, mais au service du mal)
  • le héros déceptif, un personnage ayant potentiellement des qualités héroïques mais qui n’en fait pas usage ou les utilise mal ou à mauvais escient, ou qui tend à perdre ces qualités, ou enfin qui se trouve dans un cadre où ces qualités ne sont plus appréciées ou admises
  • le héros « décalé », un personnage ordinaire, sans qualités, qui par les circonstances se trouve plongé dans une situation extraordinaire.
Le premier cas concerne surtout les personnages principaux d’œuvres comiques de la littérature (les héros de Trois hommes dans un bateau de Jerome K. Jerome par exemple), de la bande dessinée (Gaston Lagaffe, Jean-Claude Tergal), du cinéma (beaucoup des personnages incarnés par Woody Allen), mais on peut aussi les trouver dans des œuvres sérieuses, quoi que non dénuées d’humour, comme pour le Narrateur et personnage principal de la Recherche du temps perdu de Proust et bien sûr celui de l'Homme sans qualités de Musil, deux paradigmes du « non héros » dans le roman moderne. Beaucoup de personnages principaux des films de Clint Eastwood en tant que réalisateur, tels ceux de Honkytonk Man et de Bronco Billy, sont aussi de cette veine du héros « sans qualités ».

Le deuxième cas domine dans la littérature et le cinéma « noirs » centrés sur la figure du gangster. Dans le roman ou le film, les « héros », qui obéissent à des principes dépréciés ou dénigrés par la société, sont le plus souvent sans envergure et, par souci moral (le code Hays aux États-Unis, par exemple) ou par la trajectoire de vie même de ces personnages, tendent à un destin tragique (mort ou emprisonnement). On en trouvera des exemples dans la plupart des romans de David Goodis et dans des films noirs comme les Tueurs de Robert Siodmak, ou dans la trilogie le Dragon rouge, Le Silence des agneaux et Hannibal dont un des principaux protagonistes, Hannibal Lecter, est porteur de « normes » particulièrement déviantes et antisociales.

Le héros déceptif est un antihéros de bien plus ancienne origine et figure dans nombre de contes populaires ; c’est dans ce cas le héros qui, par sa propre faute ou du fait des circonstances, ne parvient pas à accomplir sa quête. Il figure parmi les archétypes définis par les formalistes russes, puis par A.J. Greimas dans ses travaux de sémiotique narrative. On retrouve abondamment cette figure de héros déceptif dans le cinéma, et principalement dans le genre western à partir du début des années 1950, les premiers réalisateurs allant clairement vers cette voie étant Nicholas Ray (avec Johnny Guitare et Les Indomptables) et Elia Kazan (avec Viva Zapata !), deux films de 1952.

Cependant, il existe d’autres films de ce genre qui, sans avoir la radicalité de ces deux-là, ont introduit une image de héros déceptif, comme Le Fils du désert (1948) de John Ford, où les « héros », des hors-la-loi, vont au bout de leur aventure mourir ou finir en prison, malgré leurs actes héroïques, ou Le Trésor de la Sierra Madre de John Huston où l’on assiste à une succession de quêtes trompeuses, les « héros » échouant l’un après l’autre à les réaliser. Ce dernier film est bien sûr à rapprocher de la veine du film noir, de laquelle son réalisateur fut partie prenante.

Le héros décalé se trouve dans tous les arts, mais particulièrement dans la bande dessinée, du fait que cette technique allie l’immédiateté visuelle du cinéma et la facilité de réalisation de la littérature, ce qui lui permet de jouer avec les genres sans que ces décalages induisent la mobilisation de moyens du cinéma, et avec l’avantage par rapport à la littérature que les lecteurs de bande dessinée admettent assez facilement ce jeu. De nombreuses bandes dessinées de science fiction, et assez de nouvelles et de romans de ce genre, jouent de ce décalage où le héros (souvent éponyme) est un personnage ordinaire se retrouvant dans une situation extraordinaire.

Dans la littérature, plusieurs auteurs ont souvent utilisé ce procédé, Fredric Brown, R. A. Lafferty et James Tiptree, Jr. sur le mode comique, humoristique ou décalé, Serge Brussolo, Philip K. Dick et Thomas M. Disch dans des genres plus sérieux quoi que souvent non dénués d’ironie.

Anti-héros

On appelle anti-héros le personnage central d'une fiction lorsqu'il ne présente pas les caractéristiques du héros conventionnel.

Il peut s'agir d'un personnage qui n'effectue pas une noble quête, ou n'est pas animé de sentiments altruistes, est mauvais, etc. Il peut aussi s'agir d'un « bon » héros, mais ayant des caractéristiques physiques loin d'être celles que l'on devrait lui reconnaître d'après son rôle (par exemple : le poids, la taille, l'apparence, une certaine condition physique, psychologique ou un handicap quelconque). Aussi, le personnage peut devenir « héros malgré lui », en accomplissant des exploits sans pour autant chercher la gloire ou la justice.

Dans les représentations du monde moderne, dans lesquelles la figure héroïque a disparu (voir désenchantement du monde), l'anti-héros peut tenir des identifications telles que le has-been ou le maladroit attachant.

Exemples

  • Elric de Melniboné : contemporain littéraire du Conan de Howard, il est chétif, aristocrate « fin de race » cultivant une nostalgie maladive. Ses caractéristiques le situent donc à l'opposé du personnage du héros à la positivité musculaire. Ses arcanes de magie l'amènent à faire appel aux forces démoniaques, ce qui renforce son côté ambivalent.
  • John Difool : grand fuyard dans l'Incal, bande dessinée de Moebius.
  • Mario et Luigi : petits, gros, plombiers et peureux (pour Luigi).
  • L'ogre Shrek, dont le physique autant que la mentalité font du personnage un anti-héros comique.
  • Adrian Monk, dans la série télévisée américaine Monk : enquêteur victime de troubles obsessionnels compulsifs.
  • Artemis Fowl,issu d'une grande famille de voleurs
  • John Constantine, du comics Hellblazer, victime de sa propre force, ayant involontairement entraîné la mort de nombreuses personnes, la plupart étant même ses amis, voire sa famille.
  • Candide, de Voltaire, qui est le type parfait en littérature de l'antihéros : il fuit les champs de batailles, passe au milieu des morts sans même les regarder etc...
  • Donald Duck, personnage de bande dessinée, créé par Carl Barks, pauvre, pas très intelligent, naïf et qui a une malchance horrible...
  • Blondin, un des personnages principaux du film Le Bon, la brute et le truand campant le rôle du bon: hors-la-loi ténébreux et cynique recherchant un magot en pleine guerre de sécession, créé par Sergio Leone.
  • Roberto Zucco, anti-héros de la pièce de théâtre éponyme, est "le meurtrier de son père, de sa mère, d'un agent de police et d'un enfant."